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Un mystère au cœur de l’Amérique

 Plutôt que de jouer dans le domaine de prédilection de Sacha, Sébastien, Jean-François et comparses, je vous emmène faire un tour du côté de la bande dessinée européenne, belge pour être plus précis.

Le sujet du jour? XIII, série de 19 numéros publiés sur 23 ans (de 1984 à 2007). Aux manettes, on retrouve le scénariste Jean Van Hamme, le dessinateur William Vance, et la coloriste Petra. Une exception au numéro 18, dessiné par feu Jean Giraud, alias Moebius (une de ses dernières créations), et coloriée par Claire Champeval.

le dessinateur William Vance
Depuis, trois opus supplémentaires ont été produits par d’autres équipes, et Van Hamme supervise une série s’intéressant aux origines des personnages, XIII Mystery. Mais puisque l’histoire principale prend fin au numéro 19, je ne tiendrais pas compte du reste.

Venons-en, à l’histoire. Un couple de retraités découvre un homme échoué et inconscient, avec une balle dans la tête, un tatouage romain et une clé cousue dans sa chemise. L’inconnu se rétablit, mais ne se souvient plus de rien, même pas de son nom. Peu après, en se défendant contre des tueurs à gages, il réalise qu’il a été entraîné à tuer. Voulant retrouver son passé, il découvre alors avec effroi qu’il est l’assassin du président des États-Unis, abattu trois mois plus tôt. Notre protagoniste comprend bien vite qu’il se trouve au cœur d’un complot qui le dépasse de très loin. Je n’entrerai pas dans les détails, car les rebondissements arrivent à un rythme soutenu pendant près de 900 pages (!). Malgré la relative faiblesse des épisodes 15, 16 et 17, et quelques passages où la complexité du scénario peut rebuter, la variété des situations, des lieux et des personnages est louable.

Les personnages secondaires sont légion, mais l’amnésique sera surtout aidé par le sergent Jones et le général Carrington, qui le sortiront bien souvent du pétrin, et par le Colonel Amos, agent d’un service secret chargé d’enquêter sur l’assassinat du président.

Ce qui frappe tout de suite à la lecture, c’est le soin apporté à la représentation des États-Unis. En effet, les Européens en ont souvent une image trop positive ou négative, sans en comprendre les mille nuances. Nuances qui sont ici bien présentes, car la série laisse autant la place à la froide et riche Washington qu’aux villages perdus du Midwest et des Rocheuses, autant au politicien véreux qu’au redneck graisseux. Excepté quelques ratés ça et là, Van Hamme compose des personnages aux motivations crédibles, qu’il fait évoluer dans des environnements justes et complexes.
case
Ce réalisme est très bien servi par le dessin de Vance et les aplats de Petra. Au fil des pérégrinations des personnages, la palette de couleurs varie énormément (désert, jungle, montagnes enneigées, intérieurs, centre-ville décrépit…), mais un aspect reste constant : les cases fourmillent de détails (textures, objets, saleté…), tout comme les visages. En revanche, bien que fouillés, ceux-ci sont un peu rigides, et les personnages semblent souvent parler la bouche fermée.

Deux numéros sortent du rang : le 18, dont le style très différent sert un moment important de l’histoire, et le 13, un ouvrage d’enquête publié par un des personnages et qui se compose donc majoritairement de documents comme ceux qu’on retrouve chez Alan Moore.

Au final, les bons points effacent largement les petites faiblesses. Dessin léché et servant bien l’histoire, atmosphère et recherches d’une grande justesse et scénario qui se renouvelle constamment : XIII est une grande œuvre!

4,5/5

–Géraud Le Carduner

5 février 2015 Articles

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