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Ex Machina – Et Google créa la femme

Face aux mastodontes qui, année après année, savent si bien occuper l’espace médiatique estival, Ex Machina fait figure d’OVNI : un huis clos, quatre personnages, une série de dialogues et une minuscule pincée d’images de synthèse.

 

Programmeur, Caleb est invité à passer une semaine dans la résidence privée de Nathan, PDG de Bluebook (un croisement entre Google et Facebook). Sur place, il apprend la vraie raison de sa présence : converser avec une intelligence artificielle (I.A.) afin de déterminer si celle-ci a développé une conscience.

 

S’attendant à un simple test de Turing (conversation à l’aveugle), Caleb se retrouve face à une androïde du nom d’Ava. Vite troublé par la beauté de celle-ci et par ses commentaires à l’endroit de Nathan, il commence à se poser des questions.

Pour sa première réalisation, Alex Garland joue la carte de la sobriété : rythme lent, mais qui laisse s’installer une ambiance ô combien malsaine; décor moderne, mais d’une froideur évocatrice; images de synthèses ultra-réalistes, mais utilisées avec parcimonie pour laisser briller le scénario et le jeu des acteurs. Seule ombre au tableau, une scène de conversation qui nous est resservie presque à l’identique à quelques reprises.

 

Le spectateur se reconnaîtra facilement dans le Caleb de Domhnall Gleeson, dépassé par les événements, et se demandera longtemps ce qui se trame dans la tête de Nathan, joué de manière totalement hermétique par un Oscar Isaac toujours au sommet de son art. La palme revient évidemment à la virtuose Alicia Vikander, qui incarne Ava avec une subtilité confondante.

[Attention, la suite dévoile des pans importants du scénario!]

 

Bien loin d’une redite de Frankenstein ou de Pygmalion à la sauce 21e siècle, Ex Machina joue sur des thèmes résolument féministes. Créature au sens biblique, Ava ne doit pas son apparence au hasard. Nathan l’a conçue pour plaire à Caleb : pour obtenir sa liberté, pensera-t-elle (et arrivera-t-elle) à séduire celui-ci? Pour comprendre les motivations de Caleb, il faut faire un autre tour par la Bible, où le personnage du même nom, convaincu que la Terre promise (Ava) était à portée, fut un des seuls autorisés par Dieu (Nathan) à y avoir accès.

 

Par ailleurs, Ava n’est que l’énième itération d’une série d’androïdes que Nathan utilise, en dehors de ses recherches, comme jouets sexuels. À preuve, son assistante, cuisinière et concubine du moment, qu’il a rendue soumise et muette. Ayant depuis longtemps réussi à créer une conscience chez ses androïdes, Nathan nous apparaît bien vite comme un tortionnaire qui justifie le triste sort de ses créations par le miracle technique accompli.

Des hommes qui séquestrent une femme et nient son humanité, tout en en faisant un objet d’études et de désir? Sous couvert de science-fiction, le film traite évidemment d’un sexisme bien actuel. Il fait aussi un crochet du côté du non-respect de la vie privée : Nathan a espionné allègrement les utilisateurs de Bluebook pour créer ses I.A. et trouver, avec un faux concours, un sujet sensible et influençable pour son expérience (Caleb). Bref, s’il est à ce point passionné par ce projet, c’est parce que les humains n’ont plus de secret pour lui.

 

À l’image du personnage central, Ex Machina cache sous ses dehors froids et mécaniques une âme fascinante, qui ne manque pas d’ambition quand vient le temps de dénoncer certains des grands malaises de notre monde.

 

 

4/5

–Géraud Le Carduner

9 juin 2015 Articles

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