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Critique du film Wonder Woman (2017)

 Là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie.

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Depuis la conclusion de la trilogie Dark Knight de Christopher Nolan, en 2012, on compte une vingtaine de films de superhéros à gros budget, du distrayant au médiocre en passant par l’atroce, chacun pour ses raisons propres. Mais pratiquement aucun n’a essayé de transcender le genre. N’étant pas défini par un lieu, un ton ou style, mais par la simple présence d’un être supérieur, ce genre est par essence vide s’il ne sert qu’à offrir un simple spectacle.

À l’instar des meilleures œuvres de science-fiction et de fantasy, dont les impossibilités servent à parler d’un présent bien réel, les quelques grands films de superhéros portaient sur des thèmes liés à l’existence de ces dieux modernes, ou aux conséquences de celle-ci. Nous étions loin de la légèreté puérile des empoignades de héros en collants que Marvel et Fox nous resservent ad nauseam depuis des années : point de joie quand Gotham s’enfonçait dans le chaos, ou quand Xavier’s s’efforçait d’éviter un avenir des plus sinistres.

Wonder Woman nous parle d’une héroïne qui doit se départir de son innocence pour survivre dans un monde cruel et insensé, mais qui tient à conserver ses principes face à la soif de destruction ambiante, et pour qui le sacrifice et la force doivent servir non pas à vaincre, mais à sauver.

Là où Thor et Captain America profitaient à peine des possibilités offertes par leur scénario (un personnage hors de son époque ou de sa dimension), Wonder Woman n’hésite pas. La guerre, devenue banale à Hollywood, révulse Diana à juste titre, et le film accorde temps et attention aux innocents, à des lustres du mauvais goût affiché par la scène d’attentat de Civil War ou la destruction d’Auschwitz dans X-Men: Apocalypse.

Wonder Woman dépeint sans rougir une société de guerrières souhaitant ne jamais reprendre les armes, et une princesse qui refuse le rôle exigu que les autres veulent lui imposer. À noter également, le groupe de rebelles qui l’accompagne n’est pas montré sous un jour bien flatteur : ils ont beau aider notre protagoniste, ce sont des mercenaires et des assassins.

En visionnant Wonder Woman, je repensais à From Hell (féminité, passion et magie d’une part, masculinité, raison et science de l’autre) et à Fury Road (un groupe de femmes essayant de redonner un peu d’humanité à un monde au masculinisme débridé). On peut déplorer que ce qui doit être une armure ne protège que bien peu la – divine – plastique de Gal Gadot, et se demander pourquoi diable elle comprend des talons hauts. Néanmoins, Patty Jenkins veille à ce que sa vedette ne soit objectifiée ni par la caméra, ni par les personnages mâles. L’effort est d’autant plus louable en regard de la présentation dégueulassement libidineuse de Gadot dans Fast and Furious.

Même si la réalisation présente peu de scènes vraiment marquantes, et malgré une finale qui remplace trop son message par une avalanche d’images de synthèse, le tout est efficace. Et mention spéciale à Gal Gadot et Chris Pine, tous deux excellents et affichant une complicité particulièrement crédible.

En somme, un film de Wonder Woman (enfin!), qui affiche clairement un message féministe, ne glorifie pas la violence et fait honte à nombre de films de superhéros. Comme quoi on peut revenir de tout, même de Suicide Squad.

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4,5/5

–Géraud Le Carduner

2 août 2017 Articles

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