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Critique du film Wonder Woman (2017)

 Là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie.

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Depuis la conclusion de la trilogie Dark Knight de Christopher Nolan, en 2012, on compte une vingtaine de films de superhéros à gros budget, du distrayant au médiocre en passant par l’atroce, chacun pour ses raisons propres. Mais pratiquement aucun n’a essayé de transcender le genre. N’étant pas défini par un lieu, un ton ou style, mais par la simple présence d’un être supérieur, ce genre est par essence vide s’il ne sert qu’à offrir un simple spectacle.

À l’instar des meilleures œuvres de science-fiction et de fantasy, dont les impossibilités servent à parler d’un présent bien réel, les quelques grands films de superhéros portaient sur des thèmes liés à l’existence de ces dieux modernes, ou aux conséquences de celle-ci. Nous étions loin de la légèreté puérile des empoignades de héros en collants que Marvel et Fox nous resservent ad nauseam depuis des années : point de joie quand Gotham s’enfonçait dans le chaos, ou quand Xavier’s s’efforçait d’éviter un avenir des plus sinistres.

Wonder Woman nous parle d’une héroïne qui doit se départir de son innocence pour survivre dans un monde cruel et insensé, mais qui tient à conserver ses principes face à la soif de destruction ambiante, et pour qui le sacrifice et la force doivent servir non pas à vaincre, mais à sauver.

Là où Thor et Captain America profitaient à peine des possibilités offertes par leur scénario (un personnage hors de son époque ou de sa dimension), Wonder Woman n’hésite pas. La guerre, devenue banale à Hollywood, révulse Diana à juste titre, et le film accorde temps et attention aux innocents, à des lustres du mauvais goût affiché par la scène d’attentat de Civil War ou la destruction d’Auschwitz dans X-Men: Apocalypse.

Wonder Woman dépeint sans rougir une société de guerrières souhaitant ne jamais reprendre les armes, et une princesse qui refuse le rôle exigu que les autres veulent lui imposer. À noter également, le groupe de rebelles qui l’accompagne n’est pas montré sous un jour bien flatteur : ils ont beau aider notre protagoniste, ce sont des mercenaires et des assassins.

En visionnant Wonder Woman, je repensais à From Hell (féminité, passion et magie d’une part, masculinité, raison et science de l’autre) et à Fury Road (un groupe de femmes essayant de redonner un peu d’humanité à un monde au masculinisme débridé). On peut déplorer que ce qui doit être une armure ne protège que bien peu la – divine – plastique de Gal Gadot, et se demander pourquoi diable elle comprend des talons hauts. Néanmoins, Patty Jenkins veille à ce que sa vedette ne soit objectifiée ni par la caméra, ni par les personnages mâles. L’effort est d’autant plus louable en regard de la présentation dégueulassement libidineuse de Gadot dans Fast and Furious.

Même si la réalisation présente peu de scènes vraiment marquantes, et malgré une finale qui remplace trop son message par une avalanche d’images de synthèse, le tout est efficace. Et mention spéciale à Gal Gadot et Chris Pine, tous deux excellents et affichant une complicité particulièrement crédible.

En somme, un film de Wonder Woman (enfin!), qui affiche clairement un message féministe, ne glorifie pas la violence et fait honte à nombre de films de superhéros. Comme quoi on peut revenir de tout, même de Suicide Squad.

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4,5/5

–Géraud Le Carduner

2 août 2017 Articles Read more

Revue de l’année 2016 de Géraud

Cinq réussites

5) The Revenant

Après l’expérience Birdman (filmé comme un plan-séquence de deux heures), Alejandro G. Iñárritu a décidé d’encore plus se compliquer la vie. Tournage dans des conditions atroces, acteurs malmenés, défis techniques à profusion, que ne ferait-on pas pour que notre cher Léo obtienne enfin sa statuette? Au frontières d’un pays et de la volonté humaine, The Revenant nous laisse stupéfiés par sa froide beauté.

4) Preacher

Voilà bien un projet sur lequel on n’aurait pas parié grand chose. Immense classique de la BD américaine, Preacher aurait pu être inadaptable. Et pourtant, humour noir, blasphèmes à foison et violence exacerbée sont au rendez-vous. Autre bonne idée des artisans de cette première saison : piocher ça et là dans l’histoire de l’original, tout en réorganisant adroitement le tout, pour composer une saison qui saura surprendre même les plus grands fans de l’œuvre de Garth Ennis.

3) Black Mirror et The OA

Bloodline, Stranger Things, Making a Murderer, House of Cards… C’est un fait, Netflix rime avec qualité, ce qu’elle a confirmé par deux fois en cette fin d’année. De un, en ajoutant six excellents épisodes à Black Mirror, série culte sur ce qui reste de l’humain quand celui-ci profite de la technologie pour laisser cours à ses plus bas instincts. Et de deux, avec The OA, une série sur… La mort? La vie? La liberté? Le pouvoir de l’imagination? Une chose est sûre, ses huit épisodes d’une infinie étrangeté ne laissent pas indifférent.

2) Arrival

Un film de science-fiction cérébral, sur la traduction difficile d’une langue extraterrestre, orchestré par un réalisateur qui fait ses premiers pas en science-fiction. Mille occasions de trébucher, et pourtant, nous tenons là une vraie perle. Progression lente et assurée, scénario en béton, design ultraréaliste, acteurs impeccables… En plus de nous servir le meilleur film du genre depuis l’immense Ex Machina, Villeneuve rassure les hordes de cinéphiles qui attendent son Blade Runner 2049 au tournant.

1) The Witch

Jaws et Aliens en montraient peu et faisaient peur. The Witch ne montre rien et terrifie. Il faut un talent tout bonnement exceptionnel pour qu’un plan montrant un simple lapin atteigne des sommets d’anxiété. Et du talent, Robert Eggers – dont c’est le tout premier long-métrage! – en a à revendre. Musique, acteurs, dialogues (en anglais du XVIIe siècle) et réalisation forment un tout parfaitement et horriblement cohérent. Un bijou de cinéma d’horreur, et de cinéma tout court.


 

Cinq erreurs

5) Gods of Egypt

On ne peut pas reprocher à Gods of Egypt d’être ennuyeux; on peut lui reprocher tout le reste. Scénario échevelé, acteurs aussi excellents que mal utilisés, images de synthèse qui sentent le faux à plein nez… Alex Proyas a très mal reçu les critiques – pourtant méritées – qui ont plu sur son film, mais on s’attendait à bien mieux de la part du réalisateur de The Crow et de l’inoubliable Dark City.

4) Warcraft

Une franchise adorée, un univers assez riche pour cent films, et le réalisateur du sublime Moon et du surprenant Source Code. Voilà bien la preuve que sans recette, un tas de bons ingrédients donne une infâme bouillie. Long et idiot, Warcraft essaie d’aller partout et ne va nulle part. Et pour couronner le tout, il n’aura même pas l’honneur d’être le pire film de jeu vidéo de l’année, cette palme revenant, à en croire les critiques unanimes, à Assassin’s Creed.

3) Independence Day: Resurgence

Certes, 2012 était idiot au possible, mais ses scènes de destruction tout à fait dantesques laissaient bouche bée. On a tout autant la bouche ouverte durant le nouvel Independence Day, mais pour bailler à s’en décrocher la mâchoire. Un exemple parmi tant d’autres : comment est-ce diable possible de rendre ennuyante une scène où un vaisseau de la taille de l’Australie soulève Singapour et la refait tomber sur Londres? Nul, nul, nul.

2) The Killing Joke (version animée)

Petite expérience : prenez une des histoires les plus acclamées de DC, écrite par le génialissime Alan Moore. Ajoutez-y une demi-heure de contenu inutile, avec en prime une relation sexuelle malsaine. Saupoudrez de l’action ça et là, puisque le spectateur est semble-t-il trop bête pour apprécier une bonne histoire. Et plutôt que de suivre l’exemple de l’ultrafluide Batman: The Animated Series, animez le tout comme si le film tournait sur un PC de 1991. Et hop, vous avez transformé une adaptation inutile en adaptation affreuse. Bravo.

1) Suicide Squad

La bonne imitation est une flatterie; la mauvaise, une singerie. Obsédé par l’idée de reproduire le succès de Guardians of the Galaxy, DC nous offre inflige un semblant d’œuvre, un machin rempli d’acteurs qui n’ont pas le temps de jouer et de fils narratifs coupés très court. Un amas de dialogues sans vie, entrecoupés de chansons pop agaçantes et de scènes d’action mollassonnes. Un clone de film aussi raté que son ersatz de Joker. Suicide Squad, c’est surtout le suicide créatif de DC qui se poursuit.

15 janvier 2017 Articles Read more

Sébastien s’attaque au Top 100

Récemment Future Publishing publiait le magazine spécial The 100 Greatest Graphic Novels of All Time. Sébastien a décidé de les lire.

 

No: 99

Titre: Punisher: Born

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Pourquoi la bande dessinée s’est retrouvée dans la sélection du magazine: L’exploration des origines de Frank Castle qui se déroule bien avant le meurtre de sa famille (Le temps que Frank a passé à la guerre du Vietnam) et le côté extrêmement mature de l’oeuvre sont les attraits principaux de cette série de Garth Ennis.

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Qu’en pense Sébastien? Un peu comme pour Scott Pilgrim, cette bande dessinée n’est peut-être pas la meilleure pour représenter l’auteur ou le personnage. Welcome Back, Frank (écrit aussi par Ennis) serait plutôt mon choix si cet espace doit absolument contenir un combo Punisher/Ennis. Je crois que l’idée de déconstruire le personnage de Frank Castle comme Born le fait et de mettre les origines de l’entité qu’est le Punisher comme une psychose de Frank qui dicte ses actions viennent changer le seul aspect noble du personnage. Comme si le meurtre de la famille de Frank était de la faute du Punisher et non la raison de sa création.

Verdict: Pas d’accord.

Qu’en pensez-vous? D’accord? Pas d’accord? Laissez-nous savoir au podcastetgommeballoune@gmail.com

-Sébastien

4 octobre 2016 Articles Read more

Sébastien s’attaque au Top 100

Récemment Future Publishing publiait le magazine spécial The 100 Greatest Graphic Novels of All Time. Sébastien a décidé de les lire.

No: 100

Titre: Scott Pilgrim Vs. The Infinite Sadness

 

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Pourquoi la bande dessinée s’est retrouvée dans la sélection du magazine: Selon eux, la bande dessinée se démarque par son visuel et ses scènes d’actions. L’exploration du personnage de Scott ainsi que la destruction émotive qu’il cause sur son passage sont des éléments que l’auteur de l’article original apprécie.

 

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Qu’en pense Sébastien? Scott Pilgrim Vs. The Infinite Sadness est définitivement une bande dessinée à lire. Par contre, je trouve curieux que la sélection pour le top 100 soit le volume 3 de la série. Sans le reste de la série (qui est quand même inégale dans son rythme et sa trame narrative), ce volume en particulier, sorti de son contexte, est difficile à lire et à apprécier seul. Aussi, c’est la seule oeuvre de Bryan Lee O’Malley qui se retrouve dans ce top 100. Si on me laissait le choix de recommander une seule bande dessinée de cet auteur, ce serait Seconds qui est en soit une histoire beaucoup plus concise et bien ficelée.(Nous n’avons pas encore fait un épisode sur Scott Pilgrim mais vous pouvez écouter l’épisode de nos amis chez Les Geeks sont parmi nous)

Verdict: Pas d’accord!

Pour le numéro 99 cliquez ici

Qu’en pensez-vous? D’accord? Pas d’accord? Laissez-nous savoir au podcastetgommeballoune@gmail.com

-Sébastien

 

4 octobre 2016 Articles Read more

Ex Machina – Et Google créa la femme

Face aux mastodontes qui, année après année, savent si bien occuper l’espace médiatique estival, Ex Machina fait figure d’OVNI : un huis clos, quatre personnages, une série de dialogues et une minuscule pincée d’images de synthèse.

 

Programmeur, Caleb est invité à passer une semaine dans la résidence privée de Nathan, PDG de Bluebook (un croisement entre Google et Facebook). Sur place, il apprend la vraie raison de sa présence : converser avec une intelligence artificielle (I.A.) afin de déterminer si celle-ci a développé une conscience.

 

S’attendant à un simple test de Turing (conversation à l’aveugle), Caleb se retrouve face à une androïde du nom d’Ava. Vite troublé par la beauté de celle-ci et par ses commentaires à l’endroit de Nathan, il commence à se poser des questions.

Pour sa première réalisation, Alex Garland joue la carte de la sobriété : rythme lent, mais qui laisse s’installer une ambiance ô combien malsaine; décor moderne, mais d’une froideur évocatrice; images de synthèses ultra-réalistes, mais utilisées avec parcimonie pour laisser briller le scénario et le jeu des acteurs. Seule ombre au tableau, une scène de conversation qui nous est resservie presque à l’identique à quelques reprises.

 

Le spectateur se reconnaîtra facilement dans le Caleb de Domhnall Gleeson, dépassé par les événements, et se demandera longtemps ce qui se trame dans la tête de Nathan, joué de manière totalement hermétique par un Oscar Isaac toujours au sommet de son art. La palme revient évidemment à la virtuose Alicia Vikander, qui incarne Ava avec une subtilité confondante.

[Attention, la suite dévoile des pans importants du scénario!]

 

Bien loin d’une redite de Frankenstein ou de Pygmalion à la sauce 21e siècle, Ex Machina joue sur des thèmes résolument féministes. Créature au sens biblique, Ava ne doit pas son apparence au hasard. Nathan l’a conçue pour plaire à Caleb : pour obtenir sa liberté, pensera-t-elle (et arrivera-t-elle) à séduire celui-ci? Pour comprendre les motivations de Caleb, il faut faire un autre tour par la Bible, où le personnage du même nom, convaincu que la Terre promise (Ava) était à portée, fut un des seuls autorisés par Dieu (Nathan) à y avoir accès.

 

Par ailleurs, Ava n’est que l’énième itération d’une série d’androïdes que Nathan utilise, en dehors de ses recherches, comme jouets sexuels. À preuve, son assistante, cuisinière et concubine du moment, qu’il a rendue soumise et muette. Ayant depuis longtemps réussi à créer une conscience chez ses androïdes, Nathan nous apparaît bien vite comme un tortionnaire qui justifie le triste sort de ses créations par le miracle technique accompli.

Des hommes qui séquestrent une femme et nient son humanité, tout en en faisant un objet d’études et de désir? Sous couvert de science-fiction, le film traite évidemment d’un sexisme bien actuel. Il fait aussi un crochet du côté du non-respect de la vie privée : Nathan a espionné allègrement les utilisateurs de Bluebook pour créer ses I.A. et trouver, avec un faux concours, un sujet sensible et influençable pour son expérience (Caleb). Bref, s’il est à ce point passionné par ce projet, c’est parce que les humains n’ont plus de secret pour lui.

 

À l’image du personnage central, Ex Machina cache sous ses dehors froids et mécaniques une âme fascinante, qui ne manque pas d’ambition quand vient le temps de dénoncer certains des grands malaises de notre monde.

 

 

4/5

–Géraud Le Carduner

9 juin 2015 Articles Read more

Kingsman: The Secret Service – James Boum

Quatrième adaptation d’une oeuvre de Mark Millar (après Wanted et Kick-Ass 1 et 2) et deuxième collaboration entre cet auteur et le réalisateur Matthew Vaughn, Kingsman: The Secret Service commence par la mort d’un agent secret. Son collègue Galahad donne alors à son fils orphelin, Eggsy, une médaille et un numéro de téléphone à composer pour obtenir la faveur de son choix. Dix-sept ans plus tard, nous retrouvons Eggsy, qui, arrêté par la police, appelle le fameux numéro. Libéré par Galahad il est recruté par les Kingsman, une agence internationale et indépendante d’agents dont les compétences n’ont d’égal que la sophistication.

 

Après un entraînement d’une difficulté inouïe, Eggsy doit bien vite faire ses preuves en affrontant, Richmond Valentine, un multimilliardaire voulant tuer la majeure partie de l’humanité pour sauver la planète.

Par sa structure, Kingsman est un proche parent de Wanted : même jeune héros sans but, même découverte un groupe ultra-secret, même entraînement infernal, même objectif (sauver le monde, bien sûr). En outre, Michael Caine y reprend un rôle pratiquement identique à celui de Morgan Freeman, celui du dirigeant d’expérience et de confiance qui s’avère, au troisième acte, être un traître.

 

C’est dans le ton, bien plus léger, qu’il s’en distingue, ainsi que dans sa volonté de parodier le genre, parfois suranné, du film d’espion. Évidemment, les clins d’oeil à James Bond sont légion, de la lame cachée dans un soulier au repaire délirant de Valentine, en passant par la garde du corps avare de paroles mais sachant dispenser la mort avec une redoutable efficacité.

Taron Egerton, dans le rôle principal, est efficace, même s’il ne brille pas par son expressivité, et Colin Firth, bien que parfaitement à l’aise comme espion distingué typiquement british, manque d’originalité. C’est bien Samuel Jackson qui ressort du lot : son personnage d’antagoniste mégalomane, détestant la violence, habillé comme un éternel adolescent et affligé d’un énorme cheveu sur la langue, est totalement délirant. Par contre, carton rouge pour les personnages féminins, qui se comptent sur les doigts d’une main et subissent l’action bien plus qu’ils n’y participent.

Malgré sa dominante humoristique, Kingsman nous offre aussi à plusieurs scènes d’une grande violence, signe distinctif des scénarios de Mark Millar. Les nez éclatent, les membres tranchés virevoltent et les hommes de main se font trucider par dizaines. La réalisation est efficace, même si les combats deviennent parfois un brin confus, la faute à une caméra un peu trop proche et mobile. À noter, toutefois, une scène renversante lors d’une bagarre générale, où la musique, la chorégraphie et l’utilisation de plans séquence se combinent parfaitement.

Kingsman est-il drôle? Oui. Est-il divertissant? Absolument. Est-il mémorable? Pas particulièrement, car malgré l’absence de gros défauts, rien ne lui permet de se démarquer. Néanmoins, vous passerez à coup sûr un bon moment.

3/5

–Géraud Le Carduner

 

3 mars 2015 Articles Read more

Un mystère au cœur de l’Amérique

 Plutôt que de jouer dans le domaine de prédilection de Sacha, Sébastien, Jean-François et comparses, je vous emmène faire un tour du côté de la bande dessinée européenne, belge pour être plus précis.

Le sujet du jour? XIII, série de 19 numéros publiés sur 23 ans (de 1984 à 2007). Aux manettes, on retrouve le scénariste Jean Van Hamme, le dessinateur William Vance, et la coloriste Petra. Une exception au numéro 18, dessiné par feu Jean Giraud, alias Moebius (une de ses dernières créations), et coloriée par Claire Champeval.

le dessinateur William Vance
Depuis, trois opus supplémentaires ont été produits par d’autres équipes, et Van Hamme supervise une série s’intéressant aux origines des personnages, XIII Mystery. Mais puisque l’histoire principale prend fin au numéro 19, je ne tiendrais pas compte du reste.

Venons-en, à l’histoire. Un couple de retraités découvre un homme échoué et inconscient, avec une balle dans la tête, un tatouage romain et une clé cousue dans sa chemise. L’inconnu se rétablit, mais ne se souvient plus de rien, même pas de son nom. Peu après, en se défendant contre des tueurs à gages, il réalise qu’il a été entraîné à tuer. Voulant retrouver son passé, il découvre alors avec effroi qu’il est l’assassin du président des États-Unis, abattu trois mois plus tôt. Notre protagoniste comprend bien vite qu’il se trouve au cœur d’un complot qui le dépasse de très loin. Je n’entrerai pas dans les détails, car les rebondissements arrivent à un rythme soutenu pendant près de 900 pages (!). Malgré la relative faiblesse des épisodes 15, 16 et 17, et quelques passages où la complexité du scénario peut rebuter, la variété des situations, des lieux et des personnages est louable.

Les personnages secondaires sont légion, mais l’amnésique sera surtout aidé par le sergent Jones et le général Carrington, qui le sortiront bien souvent du pétrin, et par le Colonel Amos, agent d’un service secret chargé d’enquêter sur l’assassinat du président.

Ce qui frappe tout de suite à la lecture, c’est le soin apporté à la représentation des États-Unis. En effet, les Européens en ont souvent une image trop positive ou négative, sans en comprendre les mille nuances. Nuances qui sont ici bien présentes, car la série laisse autant la place à la froide et riche Washington qu’aux villages perdus du Midwest et des Rocheuses, autant au politicien véreux qu’au redneck graisseux. Excepté quelques ratés ça et là, Van Hamme compose des personnages aux motivations crédibles, qu’il fait évoluer dans des environnements justes et complexes.
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Ce réalisme est très bien servi par le dessin de Vance et les aplats de Petra. Au fil des pérégrinations des personnages, la palette de couleurs varie énormément (désert, jungle, montagnes enneigées, intérieurs, centre-ville décrépit…), mais un aspect reste constant : les cases fourmillent de détails (textures, objets, saleté…), tout comme les visages. En revanche, bien que fouillés, ceux-ci sont un peu rigides, et les personnages semblent souvent parler la bouche fermée.

Deux numéros sortent du rang : le 18, dont le style très différent sert un moment important de l’histoire, et le 13, un ouvrage d’enquête publié par un des personnages et qui se compose donc majoritairement de documents comme ceux qu’on retrouve chez Alan Moore.

Au final, les bons points effacent largement les petites faiblesses. Dessin léché et servant bien l’histoire, atmosphère et recherches d’une grande justesse et scénario qui se renouvelle constamment : XIII est une grande œuvre!

4,5/5

–Géraud Le Carduner

5 février 2015 Articles Read more

The Imitation Game : Trop facile à décrypter

The Imitation Game (2014)

 

Récemment, Le Devoir se penchait sur la recette du succès de Downton Abbey. Si vous avez vu ne serait-ce qu’une poignée d’épisodes, vous la connaissez : même si une recette est à ce point conventionnelle qu’elle en devient pratiquement mathématique (le nombre de personnages est à ce point fixé que chaque grossesse se conclut par la mort de l’enfant ou d’un parent!), il est facile de la camoufler avec de bons acteurs, des décors somptueux et une direction de qualité.

C’est le type de camouflage qui est employé ici, car dans le genre du film biographique, on fait difficilement plus convenu :

  • Le personnage principal est motivé par la mort d’un proche, ressort narratif usé jusqu’à la corde.
  • Autiste et pervers pour son époque (la Grande-Bretagne des années 40 n’étant pas tendre avec les homosexuels), Turing est ici transformé en génie pataud, maladroit, mais avec un coeur d’or. Bref, un personnage aussi plat qu’un Sheldon Cooper, car il ne faut surtout pas brusquer le public moyen.
  • Un « personnage féminin fort » affreusement conventionnel.
  • Des épiphanies si clichées qu’on les croirait sorties d’un épisode de House.
  • La satanée habitude hollywoodienne de résumer le propos en une phrase répétée à l’envi.
  • Un épilogue composé de (nombreux!) paragraphes de texte à l’écran.
  • Des effets spéciaux qui font vraiment tache.

Certes, les décors sont irréprochables, les acteurs font un travail plus qu’honnête, et Benedict Cumberbatch prouve une fois encore sa capacité hors du commun à incarner des génies. Toutefois, on a souvent l’impression que son Sherlock transparaît, problème récurrent avec plusieurs autres acteurs, qui reprennent des archétypes qu’ils jouent déjà très (trop?) souvent.

 

En fin de compte, même s’il est difficile d’accuser le film d’être ennuyeux ou bête, on peut certainement lui reprocher son absence totale d’originalité ou d’audace.

 

6/10

 

–Géraud Le Carduner

20 janvier 2015 Articles Read more

Revue de l’année 2014 de Géraud

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Top 5 du bon

5. Birdman
Un plan-séquence de deux heures sur l’art, le cinéma, le théâtre, la critique, la vieillesse, la rédemption, la parentalité, l’amour, les regrets… Un exercice de style aussi percutant que pertinent.

4. The Grand Budapest Hotel
Plus qu’un film, un bijou. Drôle, émouvant, fourmillant de détails et de personnages hauts en couleurs, cet oeuvre démontre à merveille le talent unique de Wes Anderson.

3. Jodorowsky’s Dune
Un documentaire fascinant sur un projet oublié de l’histoire du cinéma : l’adaptation de Dune par le cinéaste chilien Alejandro Jodorowsky. Même si le film n’a jamais vu le jour, l’équipe rassemblée a par la suite participé aux plus grands films de science-fiction des dernières décennies.

2. Dragon Age: Inquisition
Direction artistique à couper le souffle, scénario ambitieux et complexe, mécaniques de jeu intelligentes et contenu gigantesque. Comme d’habitude, Bioware a produit un des meilleurs RPG de sa génération.

 


1. The Raid 2: Berendal
Un films d’action tout simplement renversant, un des meilleurs jamais tournés. Un scénario passionnant qui donne la part belle à des tonnes de combats absolument hallucinants, filmés avec une maîtrise époustouflante.

Top 1 du mauvais


Transformers 4
Trop long, bourré de placements de produits, pas drôle, action mal filmée, bref, une publicité de 2 h 45.

 

–Géraud Le Carduner

6 janvier 2015 Articles Read more

HANNIBAL – VOYAGE AU COEUR DE LA FOLIE

Je viens tout juste de terminer la première saison de la série télévisée : Hannibal. J’ai été agréablement surpris.

La 3e saison est présentement en tournage. J’ai donc pris un peu de retard… Ça peut peut-être s’expliquer par les commentaires de mes proches qui sont assez mitigés : certains ont adoré, d’autres n’ont pas fini la première saison et les derniers ont trouvé ça bof.

Je vous confirme que je suis dans la catégorie de ceux qui ont bien aimé !

Cette série de 13 épisodes est diffusée sur NBC, mais je l’ai écoutée sur Netflix qui a les 2 premières saisons dans sa base de données. Elle met en scène Mads Mikkelsen dans le rôle de Hannibal Lecter (anciennement Anthony Hopkins), Hugh Dancy qui joue avec brio Will Graham (anciennement Edward Norton) et beaucoup d’autres comme Laurence Fishburne dans le rôle de Jack Crawford (anciennement Harvey Keitel) et Caroline Dhavernas dans le rôle d’Alana Bloom.

Nous suivons les enquêtes de Will Graham, un profiler et enseignant en psychologie du FBI. Il est tellement empathique qu’il peut littéralement se mettre dans la peau de tueurs en série afin de les capturer. Il fait équipe avec Jack Crawford qui, pour s’assurer que son pupil garde sa santé mentale, le confie aux bons soins du psychiatre de renom… Hannibal Lecter. Worst idea ever !

Pour le bénéfice de ceux qui n’ont jamais vu ou lu Le Silence des Agneaux, Hannibal Lecter est un psychopathe cannibale hyper intelligent et maître de la manipulation qui se plaît à aider les forces de l’ordre afin de capter de dangereux criminels. Tomber entre ses griffes équivaut à se faire damner par le diable en personne… Plaignez le pauvre Will Graham…

Je suis un fan d’enquêtes policières et du cas de la semaine. Hannibal nous présente exactement ça, mais ce sont des tueurs en série. Pour vraiment l’apprécier, il faut passer par-dessus le fait qu’il y a environ 7 tueurs en série par trimestre dans la région de Baltimore. Ce qui est exagéré… On se le souhaite tous. Les visions empathiques de Will sont excellentes et troublantes, les crimes réellement affreux et supers originaux. Leur but est très souvent de faire progresser l’histoire principale de la série : la descente dans les abîmes de la folie de Will Graham. C’est accompli de main de maître.

Mon petit bémol… Ces enquêtes de la semaine, n’étant pas l’objectif principal de la série, elles sont souvent résolues trop rapidement et passivement. Les meurtres sont incroyables ! Et PAF c’est réglé. Le psychopathe ne se défend même pas et avoue bien souvent son crime. Ouin ok. Ça ne rend pas justice au génie déployé par ces détraqués.

Maintenant, j’aimerais aborder la relation entre Hannibal et tous les autres personnages de la série.

WOW !

Quel génie de la manipulation hors pair. D’intrigues en intrigues, Hannibal, comme une araignée, tisse sa toile et emprisonne tranquilement et inexorablement ses proies qui s’y entortillent, dans ce cas-ci ses collègues, afin de se préparer pour les dévorer.

C’est un cannibal, donc ma métaphore tient la route… OK !?!

Ses machinations sont tellement efficaces qu’elles attrappent même les spectateurs. En effet, lors de ses discussions avec sa propre psychologue, lumineuse Gillian Anderson, Hannibal lui révèle, et à nous par le fait même, qu’il est à la recherche d’un ami et qu’il l’a trouvé en Will… Rien n’est plus faux. On réalise à la toute fin qu’Hannibal, la seule chose qu’il est, c’est un être curieux. Curieux d’expérimenter ses théories sur la violence, les psychopathes, la folie et les maladies mentales sur du « vrai » monde et à leur insu.

Sa victime principale ici : Will Graham.

Pourquoi ?

Par sa condition empathique, il est particulièrement intéressant à étudier.

Aussi, ça doit être un attrait pour Lecter, les deux ont une dynamique diamétralement opposée. Voici quelques comparatifs qui vont en ce sens:

Hannibal Lecter / Will Graham

Psychopathe / Empathique

Aucune émotion / Submergé d’émotions et pas juste les siennes

Criminel / Agent des forces de l’ordre

Ancré dans la réalité / Descente dans la folie

Grand et impeccable / Petit et tout croche

Autre point qui m’a fait saliver, et c’est le cas de le dire, ce sont les repas que préparent Lecter. Je suis loin d’être cannibal, mais le psycopathe semble être un chef hors du commun comme il ne doit y en avoir qu’une dizaine dans le monde. Il ne se gêne pas pour proposer à ses invités des mets à base d’humains, mais avec des ingrédients très rares et avec des techniques complexes et dignent d’une très grande maîtrise des arts culinaires.

2 mentions spéciales à cette série

1. Les acteurs sont malades ! C’est un show d’acteurs et ils sont grandioses. Mads Mikkelsen EST Hannibal Lecteur… POINT. Hugh Dancy est incroyable… Il devient littéralement fou sous nos yeux et l’acteur change physiquement avec ses tics, ses pertes de conscience, ses crises, ses cauchemards, et j’en passe. BRAVO ! Les acteurs de soutien Fishburne et Dhavernas encadre à la perfection le duo d’acteur. Leurs émotions sont réelles. La détresse des amis de Graham sur sa condition est palpable. Je vous le dis, je suis peut-être vendu à Laurence Fishburne, mais il soupire et ça fait vrai.

2. Je finirais en parlant de la musique dans cette série qui est partie intégrante de la profondeur du récit. Elle nous transfère le malaise, le sentiment d’inquiétante étrangeté, la folie à la perfection. Perfection en effet, car Lecter est amateur de classique et on se souvient tous de ce qui arrive au violoniste qui joue une note fausse… Il finit en steak. Le mood créé par la musique ou son absence moule l’atmosphère. Une scène tout anodine peut devenir un thriller juste par cet élément.

Bravo encore une fois au show Hannibal ! Je n’ai pas encore lu les livres de Thomas Harris, mais j’ai de plus en plus hâte de me plonger dans cet univers…

Ma note 4/5.

Je débute la saison 2 là là et je vous reviens avec mes impressions !

 

— Jean-François Laliberté

9 décembre 2014 Articles Read more

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